• Commentaire des lectures du dimanche 23 octobre 2016

    " La prière humble ", par Mgr Follo

    « La prière humble », c’est le thème du commentaire proposé par Mgr Francesco Follo, Observateur permanent du Saint-Siège à l’UNESCO, sur les lectures de la messe de dimanche prochain, 23 octobre 2016 (XXXe Dimanche du temps Ordinaire – Année C).

    Les lectures sont (rite latin):  Siracide 35,15-17.20-22; Psaume 33; 2Timothée 4,6-8.16-18; Luc 18,9-14.

    Mgr Follo propose notamment un examen du coeur de celui qui prie, à la façon du pape François et il cite cette remarque du saint curé d’Ars: « La prière n’est autre chose qu’une union avec Dieu ».

    1 – Prier toujours et humblement

    Dans l’évangile de dimanche dernier Jésus nous racontait la parabole du juge malhonnête et de la veuve tenace, réclamant justice avec insistance, pour inviter à prier toujours et avec foi. Car toute la vie doit devenir comme une prière, écrit à ce propos saint Origène: « il prie sans cesse, celui qui unit la prière aux œuvres nécessaires et les œuvres à la prière” (Sur la prière, 12, 2: PG XI, 452)

    Aujourd’hui, avec la parabole du pharisien et du publicain, le Rédempteur nous enseigne que Dieu n’écoute que les prières qui partent d’un cœur humble. Sans l’humilité, la prière devient présomption, qui est une attitude de péché. La prière est une expression de l’amour, qui n’est possible que dans l’humilité. Il n’y a pas d’amour orgueilleux. L’amour est toujours humble. Et l’humilité est la qualité la plus sublime de Dieu qui est le serviteur de tous, parce qu’il aime tout le monde. C’est pourquoi celui qui s’humilie s’élève. Il est élevé à la grandeur de Dieu, qui est amour, humilité et service.

    Si nous voulons vivre chrétiennement nous devons imiter le Christ, en le suivant sur le chemin de l’évangile de l’humilité. Cet aspect est primordial chez un chrétien et n’est pas une valeur négative: « Les humbles sont simples, patients aimés, intègres, droits, experts dans le bien, prudents, sereins, sages, calmes, pacifiques, miséricordieux, prêts à se convertir, bienveillants, profonds, pondérés, beaux et désirables » (Aphraate le Sage – IVe siècle, Démonstrations 9,14). En restant humble, même au sein de la réalité terrestre dans laquelle il vit, le chrétien peut entrer en relation avec le Seigneur: « L’humble est humble, mais son coeur s’élève à des hauteurs éminentes. Les yeux de son visage observent la terre et les yeux de l’esprit, les hauteurs éminentes » (Ibid. 9,2).

    La prière humble élève la personne en Dieu et lui permet d’accueillir le Christ et son prochain dans son cœur. Une foi orante et humble fait de l’homme un temple, où réside le Christ, et rend possible une charité sincère.

    En effet, la prière se réalise quand le Christ demeure dans le cœur du chrétien, et l’invite à un engagement cohérent, charitable, avec son prochain : « La prière est bonne, et ses oeuvres sont belles. La prière est acceptée lorsqu’elle apporte le réconfort au prochain. La prière est écoutée lorsque dans celle-ci se trouve également le pardon des offenses. La prière est forte lorsqu’elle est remplie de la force de Dieu ». (Ibid. 4,14-16). Et elle est pleine de cette force quand elle est demandée humblement à Dieu

    La prière est faite de foi et d’humilité. Sans foi, elle s’arrête, et sans l’humilité, elle devient présomption. Donc, avec sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte-Face nous prions : « Jésus, vous avez dit: Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur et vous trouverez le repos de vos âmes ». Puissant Monarque des Cieux, oui, mon âme trouve le repos en Vous voyant, revêtu de la forme et de la nature d’esclave, Vous abaisser jusqu’à laver les pieds de vos apôtres. Je me souviens alors de ces paroles que Vous avez prononcées, pour m’apprendre à pratiquer l’humilité : « Je vous ai donné l’exemple, afin que vous fassiez vous-même ce que j’ai fait. Le disciple n’est pas plus grand que le Maître … Si vous comprenez ceci, vous serez heureux en le pratiquant ». Je les comprends, Seigneur, ces paroles sorties de votre Cœur doux et humble, je veux les pratiquer, avec le secours de Votre grâce » 1 (cf. dans la note 1 le texte complet de cette Prière pour obtenir l’humilité).

    2 – La prière, un chemin à parcourir

    Dans cette réflexion sur la manière de prier, il ne faut pas nous arrêter uniquement à l’humilité dans la prière mais nous demander: « Comment est notre cœur quand il prie : il est important de l’observer pour évaluer les pensées, les sentiments, qui l’habitent, et extirper l’arrogance et l’hypocrisie. Mais, je me demande: peut-on prier avec arrogance? Non. Peut-on prier avec hypocrisie? Non. Nous devons prier en nous présentant devant Dieu comme nous sommes, tout simplement. Pas comme le pharisien qui priait avec arrogance et hypocrisie. Nous sommes tous pris par la frénésie du rythme quotidien, souvent à la merci de sensations, étourdis, confus. Il nous faut apprendre à retrouver le chemin de notre cœur, récupérer la valeur de l’intimité et du silence, car c’est là que Dieu nous rencontre et nous parle. A partir de là seulement nous saurons à notre tour rencontrer les autres et parler avec eux. Le pharisien est sur le chemin qui va au temple, il est sûr de lui, mais ne se rend pas compte qu’il a perdu la route de son cœur » (Pape François, Audience générale, 1er juin 2016).

    En effet, s’il est important que la prière soit constante, sincère, et humble, il est important aussi qu’elle soit « exode » vers Dieu et son prochain, soit un pèlerinage intérieur vers le vrai Roi du monde et vers sa promesse de justice, de vérité et d’amour.

    Un chemin d’union (« La prière n’est autre chose qu’une union avec Dieu » – Saint Jean Marie Vianney), de communion. A cet égard, il est bon de préciser que la nature de la prière ne se réduit pas à une attitude humble de l’homme, qui demande à Dieu quelque chose, ce quelque chose répondant, en général, à des besoins personnels. Ceci n’est pas en soi une erreur. Jésus lui-même, dans l’Evangile, nous demande de frapper à la porte, de demander, de demander aussi le pain quotidien. Mais la nature de la prière est avant tout un besoin de l’âme de s’unir à son Créateur, à son Père, à son Tout, et elle suppose que nous rencontrions Dieu, indépendamment de ce que nous pourrions demander ou recevoir.

    Par ailleurs, même si cette affirmation peut paraître étrange, rappelons-nous que dans la prière l’initiative part de Dieu. C’est lui qui nous appelle, qui nous veut, qui nous attire. Il a besoin de nous parce qu’Il nous a créés et veut nous donner son Amour divin. La prière n’est donc que la réponse de l’homme. Le prêtre italien Divo Barsotti (1914-2006) commençait toujours sa journée par deux prières; la première était: « Ecoute Israël, le Seigneur notre Dieu est un seul », tirée du Deutéronome, et la seconde: « Notre Père qui es aux cieux… ». Cela signifie : il y a d’abord l’écoute puis la réponse. Dans l’écoute nous apprenons que Dieu est « Un » et qu’Il est l’Amour qui donne la vie, et dans la réponse nous Lui disons: Notre Père ».

    La prière est une réponse à la Parole que le Père nous aime, mais la consécration aussi est une réponse à l’appel de Cet Amour, c’est pourquoi les Vierges consacrées dans le monde vivent la vie comme une prière et qu’il leur est donné une lampe allumée, entretenue par l’huile contenue à l’intérieur, comme symbole de leur amour. Un amour fidèle, persévérant et vaillant, qui devient flamme grâce à leur prière humble et constante. Leur prière se « sert » aussi du livre de la Liturgie des Heures, qu’on leur remet pendant le rite de consécration. En priant avec ce livre, elles sanctifient leur journée. (cf. Rituel de la consécration des vierges n° 27 : « Recevez le livre de l’Eglise. Ne cessez jamais de louer votre Dieu ni d’intercéder pour le salut du monde »).

    En se consacrant à la prière, ces humbles femmes consacrées témoignent que le temps donné à Dieu n’est pas du temps perdu ou enlevé au bien de notre prochain. La prière est l’âme de toutes leurs activités, si bien qu’elles se préoccupent moins d’organiser leur temps de prière que de s’offrir au Christ-Epoux, quand et comme il le souhaite: toujours et totalement.

    Vigilantes, comme des lampes allumées elles « se préoccupent » d’avoir une abondante réserve d’huile – c’est-à-dire pleine de foi, d’amour, de patience, de persévérance – pour que l’arrivée de l’Epoux ne les prenne pas au dépourvu. (cf. Rituel de la consécration des vierges n° 28 « Veillez car vous ne savez ni le jour ni l’heure. Conservez avec soin la lumière de l’Evangile, et soyez toujours prêtes à aller à la rencontre de l’Epoux qui vient ».)

    Ces femmes consacrées savent que le cœur humain est petit, mais la prière le fait grandir et le rend capable d’accueillir le Christ-Epoux et avec ses frères et sœurs en humanité. Avec elles demandons humblement et sincèrement au Seigneur qu’il « transforme notre pauvreté en richesse d’amour » (Oraison de la Messe) et que notre vie devienne une prière constante, un souffle continu dans la Trinité, comme Sainte Elisabeth de la Trinité, carmélite qui a été canonisée le 16 octobre 2016, nous donne l’exemple et nous apprend en écrivant: « Je voudrais y répondre en passant sur la terre comme la sainte Vierge, « gardant toutes ces choses en mon cœur », m’ensevelissant pour ainsi dire dans le fond de mon âme, afin de me perdre en la Trinité qui y demeure, pour me transformer en Elle » (A l’Abbé Chevignard, 28 novembre 1903).

    Dire « prier comme on respire » peut paraître une phrase toute faite, mais si nous allons à la racine de notre être et nous demandons « Quand dois-je me mettre à prier ? », bibliquement, la réponse exacte devrait être: « Quand je commence à respirer ». Respirer c’est appeler la vie; respirer est un don que Dieu nous fait minute après minute depuis cette première fois qu’Il nous a créés. C’est notre prière essentielle : on prie comme on respire.

    Source


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :